Simulateur d’intégration post-acquisition : guide complet
Ce guide explique, sans connaissance préalable, un simulateur qui reproduit l’intégration d’une société rachetée : une équipe de 40 ingénieurs migre une plateforme pendant trois ans tout en maintenant l’existant. À l’attrition observée sur le cas de référence, le modèle ne produit aucune spirale de départs, même sans les trois protections. Toutes les valeurs numériques du modèle sont synthétiques. Elles servent à explorer des mécanismes et ne prévoient rien.
Thierry Sayegh-Sauvage · mis à jour le 24 octobre 2026 · guide disponible en français et en anglais
En bref
Le simulateur met en scène 40 ingénieurs pendant 156 semaines. Ils doivent terminer une migration et, dans le même temps, maintenir la plateforme existante. Cinq idées suffisent pour lire tout le reste.
- Une intégration peut s’emballer par une chaîne de causes : des départs réduisent la capacité de l’équipe, la migration prend du retard, l’incertitude monte, d’autres personnes partent.
- Le modèle contient trois chaînes de ce type et trois protections : une prime de rétention pour les personnes clés, un budget glissant qui finance les remplacements, et une exploitation en parallèle de l’ancien et du nouveau système.
- À l’attrition observée sur le cas de référence (3 départs hors personnes clés sur trois ans), le modèle ne produit aucune spirale, avec ou sans les protections. Le cas de référence se situait donc loin du seuil de basculement.
- Ce résultat ne prouve pas que les protections étaient inutiles. Sans protection, la moitié des simulations bascule en spirale vers trois fois l’attrition observée. Avec les trois protections, il faut environ dix fois cette attrition.
- Toutes les valeurs numériques sont synthétiques. Le modèle aide à poser les bonnes questions avant de signer une acquisition. Il ne calcule aucune prévision.
Le problème : pourquoi une intégration peut s’emballer
Quand une entreprise en rachète une autre, il faut rassembler deux systèmes informatiques, deux équipes et deux façons de travailler. Ici, l’équipe d’ingénierie de la société rachetée doit déménager sa plateforme vers une autre infrastructure technique. C’est la migration. Pendant ce temps, les clients continuent d’utiliser le produit, ce qui impose de maintenir l’existant : corriger les incidents, déployer les petites évolutions, garder le service en route. C’est l’exploitation courante.
Le poids de cette exploitation dépend de la dette technique, c’est-à-dire l’accumulation de raccourcis pris par le passé dans le code et l’infrastructure. Plus la dette est lourde, plus l’exploitation courante absorbe d’ingénieurs. Dans le modèle, elle prend 6 % de l’effort d’ingénierie quand la dette est nulle et 30 % quand la dette est au niveau de départ. Il reste moins de capacité pour la migration et pour la résorption de cette même dette.
Ces mécanismes se renforcent entre eux. Imaginez une équipe qui perd deux personnes. Les autres reprennent leur travail, la migration prend du retard, le calendrier annoncé se dégrade, l’inquiétude monte. Deux autres personnes partent à leur tour, et le cycle recommence plus vite. Les spécialistes appellent cela une boucle de renforcement : l’effet de chaque étape alimente sa propre cause.
Un tableur ne représente pas bien ce phénomène, parce que les effets arrivent avec des délais et dépendent de chaque personne. Un simulateur à agents fait vivre 40 ingénieurs individuels, chacun avec sa sensibilité à l’incertitude, et laisse l’ensemble évoluer semaine après semaine. On observe alors si l’équipe tient ou si elle s’effondre, et ce qui fait la différence.
Le modèle d’un coup d’œil
Chaque flèche relie une cause à son effet. Un plus signifie que les deux grandeurs évoluent dans le même sens, un moins qu’elles évoluent en sens inverse. La carte regroupe l’avancement de la migration et son retard dans une seule boîte. Les liens en pointillé sont présents dans le modèle. Le cas de référence n’a montré aucune attrition de clients : l’exposition du revenu y est restée théorique.
Le modèle contient trois boucles de renforcement, des chaînes de causes où chaque effet alimente sa propre cause.
| Boucle | Chaîne de causes | En clair |
|---|---|---|
| R1, spirale d’attrition | Départs, capacité, retard, incertitude, départs | Des départs ralentissent la migration, ce qui inquiète les équipes et provoque d’autres départs. |
| R2, dette et capacité | Dette, charge d’exploitation, capacité, dette | Plus la dette est lourde, moins l’équipe a de capacité pour la réduire. |
| R3, pression du revenu | Retard, revenu exposé, incertitude, départs, capacité, retard | Un retard menace le revenu, ce qui inquiète les équipes et entretient le retard. Cette boucle est restée inactive sur le cas de référence. |
Les trois leviers freinent ces boucles : la prime de rétention agit sur les départs, le budget glissant sur la capacité, l’exploitation parallèle sur le revenu exposé.
Les variables et les leviers
Le modèle suit huit grandeurs qui évoluent chaque semaine, et trois leviers que l’on peut activer ou désactiver pour mesurer leur effet. Toutes les valeurs de départ sont synthétiques.
| Grandeur | Ce qu’elle représente | Valeur de départ |
|---|---|---|
| Capacité d’ingénierie | Somme des productivités des ingénieurs présents. Une personne clé compte 1,5 fois une personne ordinaire. Une recrue monte de 30 % à 100 % de productivité en 16 semaines. | 40 personnes, dont 8 personnes clés |
| Charge d’exploitation | Part de la capacité consacrée à maintenir l’existant. Elle vaut 6 % plus 30 % de la dette. | 30 % |
| Dette technique | Niveau de raccourcis accumulés, de 0 à 1. Elle baisse quand l’équipe la résorbe et remonte quand le retard pousse à des raccourcis. | 0,80 |
| Avancement de la migration | Part du travail total déjà réalisée, de 0 à 1. | 0 |
| Retard de migration | Écart entre l’avancement prévu par un plan linéaire sur 156 semaines et l’avancement réel. | 0 |
| Revenu exposé | Revenu client menacé tant que la migration n’est pas terminée : 15 % du revenu total. Le revenu suivi part de 1 et ne peut que baisser. | 1 |
| Incertitude perçue | Inquiétude des équipes, de 0 à 1. Elle démarre à l’annonce de l’intégration puis évolue avec le retard, la pression sur le revenu et les départs récents. | 0,50 |
| Départs | Probabilité hebdomadaire de quitter l’équipe, propre à chaque ingénieur : un taux de base plus une réaction à l’incertitude, pondérée par sa sensibilité. | Valeur recalée sur le cas observé |
Les trois leviers sont les protections testées dans les scénarios.
| Levier | Ce qu’il fait dans le modèle |
|---|---|
| Prime de rétention | Réduit de 85 % la probabilité de départ des personnes clés pendant les 104 premières semaines. |
| Budget glissant | Chaque semaine, trois chances sur dix de remplacer une personne partie, tant que l’effectif est sous 40. |
| Exploitation en parallèle | Fait tourner l’ancien et le nouveau système ensemble. Coûte 8 % de la capacité et protège 95 % du revenu exposé contre l’attrition des clients. |
Une semaine dans la simulation
Le programme avance semaine par semaine. Chaque semaine, il exécute les mêmes huit calculs dans le même ordre, puis passe à la suivante.
- Capacité libre. Le programme additionne la productivité des ingénieurs présents, puis retire la charge d’exploitation et, si l’exploitation parallèle est active, 8 % de la capacité de départ.
- Partage. Tant que la migration n’est pas terminée, 25 % de la capacité libre réduit la dette et 75 % fait avancer la migration. Une fois la migration terminée, toute la capacité libre réduit la dette.
- Avancement. Le travail réalisé s’ajoute au total. Le retard est l’écart positif entre l’avancement d’un plan linéaire sur 156 semaines et l’avancement réel. Dans la version 2, chaque départ ajoute du travail de reprise au travail total.
- Dette. Elle baisse avec l’effort de résorption et remonte avec le retard, car une équipe en retard prend des raccourcis.
- Revenu. Tant que la migration n’est pas terminée, une part du revenu est exposée. Sans exploitation parallèle, un retard fait perdre des clients. Avec elle, 95 % de cette perte est évitée.
- Incertitude. Elle se rapproche chaque semaine d’une cible qui additionne l’inquiétude due à l’annonce (elle s’estompe avec le temps), le retard, la pression sur le revenu et les départs des douze dernières semaines.
- Départs. Chaque ingénieur tire au sort son départ. La probabilité dépend du taux de base, de l’incertitude et de la sensibilité personnelle. La prime de rétention divise par près de sept celle des personnes clés pendant 104 semaines. Dans la version 2, un freelance ne peut partir qu’à la fin de son contrat.
- Arrivées. Avec le budget glissant, une personne partie est remplacée avec trois chances sur dix chaque semaine, tant que l’effectif est sous 40. La recrue atteint sa pleine productivité en 16 semaines.
Une simulation répète ce cycle 156 fois. Le programme en lance ensuite d’autres, avec des tirages au sort différents, pour voir la dispersion des résultats.
L’équipe : salariés, freelances et distance
La première version du modèle traite tous les ingénieurs comme des salariés réunis au même endroit, qui peuvent partir n’importe quelle semaine. Le cas de référence ne ressemble pas à cela : l’équipe comptait une majorité de freelances, répartis géographiquement. La seconde version ajoute ces deux traits et une troisième notion, la perte de connaissance, puis compare trois structures d’équipe.
| Salariés regroupés | Freelances regroupés | Freelances distribués | |
|---|---|---|---|
| Part de freelances | 0 % | 65 % (hypothèse) | 65 % (hypothèse) |
| Moment possible d’un départ | Toute semaine | À la fin du contrat, toutes les 26 semaines pour un freelance | Idem |
| Contrats à échéance commune | Sans objet | 50 % (hypothèse) | 50 % (hypothèse) |
| Effort perdu en coordination | 0 % | 0 % | 10 % (hypothèse) |
| Montée en compétence d’une recrue | 16 semaines | 16 semaines | 24 semaines (hypothèse) |
| Contagion des départs entre collègues | Normale | Normale | Réduite de moitié (hypothèse) |
La perte de connaissance s’applique aux trois structures. Chaque ingénieur accumule de la connaissance de la migration pendant ses 52 premières semaines de présence, puis plus rien ne s’ajoute. Une personne clé en porte trois fois plus. Quand quelqu’un part avant la fin de la migration, le travail restant augmente d’un volume proportionnel à cette connaissance : 20 semaines-personnes de reprise par unité de connaissance.
Les mots « hypothèse » dans le tableau signalent des valeurs non mesurées. Elles influencent le résultat et sont listées avec les autres dans la section sur les limites.
Calibrer : ancrer le modèle sur le cas observé
Calibrer, c’est régler un paramètre du modèle jusqu’à ce qu’il reproduise un fait observé. Le fait retenu est l’attrition du cas de référence : environ 3 départs hors personnes clés sur les trois ans, dans une équipe d’une quarantaine de personnes. Cet énoncé admettait deux lectures. La lecture A compte 3 départs au total sur trois ans. La lecture B compte 3 départs par an, soit 9 au total. La personne qui a conduit le cas a confirmé la lecture A, qui est celle retenue partout dans ce guide.
La méthode est une recherche par dichotomie. Un facteur multiplie ensemble la probabilité de départ de base et la réaction à l’incertitude, en conservant leur rapport. Le programme lance 50 à 60 simulations avec un facteur donné, compte les départs hors personnes clés, puis resserre le facteur jusqu’à obtenir une moyenne de 3. On obtient les valeurs suivantes.
| Structure d’équipe | Facteur | Probabilité de départ de base par semaine | Réaction à l’incertitude |
|---|---|---|---|
| Version 1, salariés regroupés | 0,1695 | 0,00034 | 0,00203 |
| Version 2, salariés regroupés | 0,1743 | 0,00035 | 0,00209 |
| Version 2, freelances regroupés | 0,1817 | 0,00036 | 0,00218 |
| Version 2, freelances distribués | 0,1623 | 0,00032 | 0,00195 |
Deux limites méritent d’être connues avant de continuer. D’abord, le modèle a un seul réglage et une seule observation : l’accord entre les deux est acquis par construction, il ne teste rien. Ensuite, le partage entre le taux de base et la réaction à l’incertitude est une hypothèse, que la calibration ne peut pas trancher.
Résultats
Chaque scénario est simulé 40 à 60 fois avec des tirages au sort différents. Une simulation est classée « spirale » quand l’effectif d’ingénierie descend sous 60 % de l’effectif initial à un moment quelconque. Les tableaux donnent des moyennes sur ces tirages.
À quoi ressemble une spirale
La première figure montre le modèle avec son attrition par défaut, environ 25 départs hors personnes clés sur trois ans. Cette valeur n’a pas été recalée sur le cas de référence : la figure montre le phénomène sans le mesurer.

Avec les trois leviers, l’effectif reste proche de son niveau de départ (minimum moyen de 89 %) et la migration se termine. Sans budget glissant, l’effectif descend en moyenne à 40 % et la migration s’arrête à 60 %. Sans aucun levier, l’effectif atteint 21 % et la migration plafonne à 50 %. Dans ce régime, 92 % des simulations sans budget glissant et 100 % des simulations sans levier basculent en spirale.
À l’attrition observée
Le tableau suivant utilise la version 2, l’équipe majoritairement freelance et distribuée, recalée sur 3 départs hors personnes clés sur trois ans.
| Scénario | Spirale | Effectif minimal | Migration réalisée à 156 semaines | Dette finale | Revenu perdu | Départs de personnes clés |
|---|---|---|---|---|---|---|
| Base, trois leviers | 0 % | 97 % | 94 % | 0,25 | 0,7 % | 0,3 |
| Sans prime de rétention | 0 % | 97 % | 92 % | 0,26 | 0,7 % | 0,8 |
| Sans budget glissant | 0 % | 91 % | 88 % | 0,30 | 0,8 % | 0,5 |
| Sans exploitation parallèle | 0 % | 97 % | 100 % | 0,01 | 8,4 % | 0,4 |
| Sans aucun levier | 0 % | 87 % | 97 % | 0,16 | 10,0 % | 1,1 |
Aucun scénario ne bascule en spirale. Les leviers agissent chacun à un endroit différent. L’exploitation parallèle protège le revenu : sans elle, 8,4 % du revenu est perdu contre 0,7 %. Elle coûte en retour de la capacité, d’où une migration plus lente avec elle (94 %) que sans elle (100 %). La prime de rétention retient les personnes clés : 0,3 départ en moyenne avec elle, 0,8 sans elle.
Si l’énoncé de départ avait signifié 3 départs par an, soit 9 sur trois ans (lecture B), le résultat serait différent. Sur la première version du modèle, 35 % des simulations sans levier basculeraient en spirale, 8 % sans budget glissant et aucune avec les trois leviers.
Ce que coûte la distance
| Structure d’équipe, scénario de base | Migration réalisée à 156 semaines | Dette finale | Revenu perdu |
|---|---|---|---|
| Salariés regroupés | 100 % | 0,00 | 0,4 % |
| Freelances regroupés | 100 % | 0,00 | 0,4 % |
| Freelances distribués | 94 % | 0,25 | 0,7 % |
La distance pèse sur le calendrier et sur la dette plus que sur la stabilité de l’équipe. Les 10 % d’effort perdus en coordination et les 24 semaines de montée en compétence sont des hypothèses : ce tableau décrit leur effet sur le modèle et ne dit rien de la réalité du cas de référence.
Distance au seuil de basculement
La seconde figure répond à la question utile : de combien l’attrition devrait-elle augmenter pour que le système bascule ? L’axe horizontal multiplie l’attrition calibrée sur le cas observé.

Sans levier, la moitié des simulations bascule vers trois fois l’attrition observée (57 % pour les freelances distribués, 52 % pour les freelances regroupés, 70 % pour les salariés regroupés). Avec les trois leviers, le basculement se situe entre huit et douze fois l’attrition observée. Les leviers repoussent donc le seuil d’un facteur de trois à quatre environ. Le cas de référence se situait à l’extrémité gauche de la figure, loin de la zone de basculement.
Comment lire ces résultats
Trois lectures sont légitimes. Trois autres semblent naturelles et ne le sont pas.
Ce que les résultats permettent d’affirmer.
- Le mécanisme de spirale existe dans le modèle : il apparaît dès que l’attrition dépasse un seuil, et les leviers repoussent ce seuil.
- Chaque levier agit à un endroit distinct. L’exploitation parallèle protège le revenu, le budget glissant protège l’effectif, la prime de rétention protège les personnes clés.
- Le cas de référence, avec 3 départs sur trois ans, se situe loin du seuil.
Ce que les résultats ne permettent pas d’affirmer.
- Que les protections étaient inutiles. Loin du seuil, elles ne changent rien à la stabilité. Elles gardent leur valeur d’assurance contre une attrition plus forte.
- Qu’une équipe de freelances distribuée est plus robuste. Ce résultat découle de deux hypothèses : un départ possible seulement à l’échéance du contrat, et une contagion des départs réduite de moitié par la distance.
- Que le modèle prédit une intégration future. Il compare des scénarios sur des valeurs synthétiques, il ne calcule aucune probabilité réelle.
Un dernier point de méthode : le cas de référence est un succès. Un modèle calibré sur un seul succès peut afficher la bonne issue sans que ses mécanismes soient exacts. Un cas d’intégration échouée, même anonymisé, apporterait l’information qui manque : il permettrait de tester le modèle de l’autre côté du seuil.
Limites et hypothèses à vérifier
Le tableau liste ce qui est deviné ou choisi sans mesure. Chaque ligne indique l’effet sur les résultats et la vérification qui la lèverait.
| Hypothèse | Valeur retenue | Effet sur les résultats | Vérification à faire |
|---|---|---|---|
| Part de freelances | 65 % | Fixe la fréquence des départs possibles | Composition réelle de l’équipe |
| Départ d’un freelance seulement à la fin du contrat | Toutes les 26 semaines | Si le préavis est court, les départs deviennent possibles toute l’année et la robustesse apparente de l’équipe baisse | Préavis et durée des contrats |
| Contrats à échéance commune | 50 % | Concentre les départs possibles sur quelques dates | Part des contrats renouvelés ensemble |
| Effets de la distance | 10 % de coordination, 24 semaines de montée en compétence, contagion divisée par deux | Expliquent la dette restante et la meilleure résistance de l’équipe distribuée | Comparer au calendrier réel de la migration |
| Partage de la capacité entre migration et dette | 75 % et 25 % | Règle la vitesse de résorption de la dette | Arbitrage réellement pratiqué |
| Personnes clés | 20 % de l’équipe, productivité de 1,5, connaissance × 3 | Détermine la valeur de la prime de rétention | Qui portait la connaissance de la migration |
| Seuil de spirale | Effectif sous 60 % du départ | Une attrition ordinaire très forte franchit le seuil sans aucune boucle : il mesure l’attrition autant que la spirale | Une définition fondée sur l’accélération des départs |
| Partage entre taux de base et réaction à l’incertitude | Rapport conservé lors du calibrage | Change le poids relatif du hasard et de la contagion | Un second jeu de départs observés |
| Un seul cas observé | Un succès | Le calibrage ne teste rien ; un second cas vécu n’a pas encore servi de test | Un cas échoué, même anonymisé |
Trois précisions de portée complètent le tableau. L’équipe simulée compte 40 personnes, comme le cas de référence, et le modèle ne couvre qu’un seul type d’intégration : l’acquisition d’une société par un groupe, avec migration d’infrastructure et exploitation courante en parallèle. Aucune donnée interne d’une entreprise n’est utilisée, et le cas de référence est anonymisé. Les agents sont des règles explicites, volontairement : leur comportement se vérifie ligne par ligne.
Utiliser le code
Le code est écrit en Python avec la bibliothèque Mesa, conçue pour les simulations à agents. Il a été exécuté avec Python 3.13 et Mesa 3.5.1. Les fichiers se placent dans un même dossier, car certains en importent d’autres.
Code source et résultats : dépôt thierrysays/integration-attrition-simulator ou archive integration-attrition-simulator-v1.1.zip (450 Ko, scripts Python, résultats, figures, notice en français et en anglais). Code sous licence Apache 2.0 ; résultats, figures et notice sous licence Creative Commons Attribution 4.0.
Installation
pip install mesa==3.5.1 matplotlib
Les fichiers
| Fichier | Rôle |
|---|---|
pmi_model.py | Modèle version 1 : équipe de salariés regroupés |
run_scenarios.py | Scénarios de désactivation des leviers, balayage de sensibilité, figure 1 |
calibrer_attrition.py | Calibrage sur 3 départs (lectures A et B), distance au seuil |
tracer_seuil.py | Courbe de basculement de la version 1 |
pmi_model_v2.py | Modèle version 2 : freelances, perte de connaissance, distance |
run_v2.py | Calibrage, scénarios et courbe de basculement de la version 2, figure 2 |
redessiner_courbe_v2.py | Redessine la figure 2 depuis le fichier de résultats, sans relancer les simulations |
resultats_*.csv | Tableaux de résultats, lisibles dans un tableur |
Les commandes
python3 run_scenarios.py
python3 calibrer_attrition.py
python3 run_v2.py
Chaque commande affiche ses tableaux à l’écran et écrit ses fichiers de résultats dans le dossier. La durée n’a pas été mesurée avec précision : il faut compter quelques minutes pour les calibrages, qui lancent plusieurs centaines de simulations.
Modifier une valeur et relancer
Toutes les valeurs du modèle sont des champs d’une classe Params. Un exemple qui reconstruit l’équipe de freelances distribués de la version 2, avec l’attrition calibrée, puis lance une simulation sans prime de rétention :
from dataclasses import replace
from pmi_model_v2 import IntegrationModel, Params
s = 0.1623 # facteur de calibrage, freelances distribués
p = replace(
Params(),
freelance_share=0.65, coordination_penalty=0.10,
onboarding_weeks=24, w_dep=1.5,
base_quit=0.002 * s, quit_gain=0.012 * s,
retention_bonus=False,
)
resultat = IntegrationModel(p, seed=1).run().summary()
print(resultat)
Le paramètre seed fixe les tirages au sort : la même valeur redonne exactement le même résultat. Les scripts utilisent les valeurs 1000 et suivantes pour les scénarios, 5000 et suivantes pour le calibrage.
Lire les colonnes de résultats
| Colonne | Signification |
|---|---|
spirale | Part des simulations dont l’effectif est passé sous 60 % de l’effectif initial |
eff_min | Effectif le plus bas atteint, en part de l’effectif initial |
avancement | Part de la migration réalisée à 156 semaines |
dette | Niveau final de dette technique |
revenu_perdu | Part du revenu perdue par attrition des clients |
departs_cles, departs_autres | Nombre moyen de départs de personnes clés et des autres |
reprise | Part du travail de migration refaite après des départs (version 2) |
Glossaire
| Terme | Définition |
|---|---|
| Agent | Élément simulé qui décide selon des règles. Ici, un ingénieur. |
| Attrition | Départs de personnes d’une équipe sur une période. |
| Boucle de renforcement | Chaîne de causes où l’effet final alimente la cause de départ et amplifie le phénomène. |
| Budget glissant | Financement renouvelé en continu, qui permet de remplacer les personnes parties. |
| Calibrer | Régler un paramètre pour que le modèle reproduise un fait observé. |
| Dette technique | Raccourcis accumulés dans le code et l’infrastructure, qui alourdissent chaque intervention. |
| Équivalent temps plein | Unité de mesure d’un effectif : une personne à temps plein vaut un. Trois équivalents temps plein valent trois personnes. |
| Exploitation courante | Travail de maintien du service existant : incidents, correctifs, petites évolutions. |
| Exploitation parallèle | Fonctionnement simultané de l’ancien et du nouveau système, pour éviter toute coupure chez les clients. |
| Freelance | Ingénieur indépendant lié par un contrat de durée limitée. |
| Graine aléatoire | Nombre qui fixe les tirages au sort. La même graine redonne le même résultat. |
| Levier | Protection que l’on active ou désactive dans un scénario. |
| Migration | Déménagement de la plateforme vers une autre infrastructure technique. |
| Perte de connaissance | Savoir sur la migration qui part avec une personne et se paie en travail de reprise. |
| Personne clé | Ingénieur plus productif et porteur de plus de connaissance. 20 % de l’équipe dans le modèle. |
| Prime de rétention | Bonus versé aux personnes clés pour les garder jusqu’à la fin d’une période. |
| Reprise de travail | Travail déjà fait qu’il faut refaire ou réapprendre après un départ. |
| Revenu exposé | Part du revenu client menacée tant que la migration n’est pas terminée. |
| Sensibilité à l’incertitude | Propension propre à chaque ingénieur à partir quand l’inquiétude monte. |
| Seuil de basculement | Niveau d’attrition au-delà duquel les simulations passent en spirale. |
| Simulation à agents | Méthode qui fait vivre des individus simulés et observe ce qui naît de leurs interactions. |
| Spirale | Dans ce guide, simulation dont l’effectif descend sous 60 % de l’effectif initial. |
| Synthétique | Valeur inventée pour illustrer un mécanisme, non mesurée sur un cas réel. |
| Tirage | Une exécution de la simulation avec ses propres tirages au sort. Chaque scénario en compte 40 à 60. |
Questions ouvertes et suite
Quatre informations restent à recueillir. Chacune règle une hypothèse du tableau des limites.
- Quel préavis et quelle durée de contrat avaient les freelances ?
- La migration a-t-elle respecté le calendrier de trois ans ? La réponse fixe l’effort perdu en coordination.
- Quelle part des contrats freelances avait une échéance commune ?
- Existe-t-il un cas d’intégration échoué, même anonymisé, pour tester le modèle de l’autre côté du seuil ?
Les étapes suivantes, dans l’ordre :
- Remplacer la contrainte d’échéance des freelances par un départ possible à tout moment après préavis, puis relancer la courbe de basculement.
- Définir la spirale par l’accélération des départs plutôt que par le niveau final de l’effectif.
- Tester un second cas d’intégration sans réajuster les paramètres, puis confronter le modèle à un cas échoué.
- Soumettre la carte causale et les hypothèses à deux personnes qui ont vécu une intégration.
- Constituer un jeu de cas anonymisés : c’est l’actif durable du projet, bien plus que le code.
Les valeurs de ce guide sont synthétiques et le cas de référence est anonymisé. Pour échanger sur le modèle ou soumettre un cas d’intégration anonymisé, écrire à thierry@glossolalie.pro · linkedin.com/in/thierrys.